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dimanche 10 avril 2016

Les convulsionnaires de Saint-Médard

Aujourd'hui c'est dimanche, jour du religieux, du spirituel et de l'étrange.

Le 1er Mai 1727, un diacre très connu, ayant une vie charitable exemplaire, décède. Il s’agit du diacre janséniste François de Pâris qui est honoré par la foule lors de son enterrement le 3 Mai.

Lors de ce sombre jour, une femme paralysée du bras touche la dépouille du feu diacre, ce qui a pour effet de la guérir miraculeusement.


La foule témoigne de ce miracle et afflue bientôt en masse au cimetière Saint-Médard, où est inhumé le diacre. On y assiste à des miracles forts nombreux que l’on baptisera Le Tumulte de Saint-Médard.
Les participants guérissent quasi-instantanément après avoir eu des crises de convulsions : ils portent le nom de « convulsionnaires » de Saint-Médard.

Les miracles font grand bruit, le cimetière devient lieu de pèlerinage. Les visiteurs, proches de la démence, assistent à des scènes folles. Dès 1731, on assiste de nouveau à des scènes quasi-miraculeuses de plus en plus nombreuses.

Bien sûr l’Eglise ne cautionne pas une telle attitude de la part de ses fidèles. Les habitants du quartier se révoltent et refusent d’assister à ces épisodes de folie. Jours et nuits, le quartier est réveillé par ces croyants ayant développé d’étranges manières de montrer leur foi. Jours et nuits, on entend les chevaux effectuant des rondes autour du cimetière.

Le 7 Août 1731, une certaine dame Delorme, ne croyant pas à ces miracles, vient au cimetière dans le but de se moquer des convulsionnaires. Elle finit paralysée.

Ces assemblées dégénèrent. On assiste à des phénomènes étranges : des hommes convulsent, on dit que des femmes s’y rendent et mangent la terre ramassée aux abords de la sépulture, se tordent les seins, demandent à être frappées, crient « Ah ! que cela est bon, ah ! que cela me fait du bien, mon frère ; je vous en supplie, continuez si vous le pouvez ». On appelle cela, soit-disant, des « crises de dévotion ».

Révolté par toute cette agitation, monseigneur de Vintimille, Archevêque de Paris, ordonne de cesser tout culte sur les terres de Saint-Médard.

Ces scènes mystiques finissent par attirer l’attention des autorités qui pensent enfin que cette tombe est la cause de nombreux débordements et qu’il faut agir : « c'est d'y voir des jeunes filles assez jolies et bien faites entre les bras des hommes, qui, en les secourant, peuvent contenter certaines passions, car elles sont deux ou trois heures la gorge et les seins découverts, les jupes basses, les jambes en l'air… ».


Le 29 Janvier 1732, sous Louis XV, le lieutenant de police ordonne la fermeture du cimetière de Saint-Médard pour arrêter les manifestations des convulsionnaires sur la tombe du diacre Pâris.
Les fidèles s’insurgent, le mouvement devient populaire et très vite on peut entendre se répandre l’opposition des pratiquant dans tout Paris : « De par le roi, défense à Dieu de faire miracle en ce lieu. » Cette phrase fut écrite par un inconnu sur la porte condamnant l’entrée du cimetière.

Le lieu fut ré-ouvert plus tard par la construction d’une deuxième entrée, mais les convulsionnaires réapparurent. La deuxième sera donc elle aussi comblée… 


Depuis, le cimetière a disparu, la Chapelle du Catéchisme érigée en 1901 prit sa place.

Fort heureusement, si vous vous y rendez, vous y trouverez un lieu bien plus serein !



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